Santé : Le temps des économies vu par André Grimaldi

Cette année est à venir l’une des lois les plus attendues : La loi de réforme de l’hôpital publique que présentera Marisol Touraine. Quel en sera le changement pour les patients ? Le professeur Grimaldi, Diabétologue, auteur de « La santé écartelée entre Santé publique et buisness » et défenseur de première ligne de l’hôpital publique, a été consulté par la Ministre de la santé pour l’aider à la préparation de sa réforme.
 

Des conseils peu suivis par Marisol Touraine

Les conclusions du rapport d’André Grimaldi ont en effet eu peu d’échos auprès de la Ministre, le problème principal étant, selon Monsieur Grimaldi, qu’en France nous avons un système de santé mixte avec, d’un côté la sécurité sociale, de l’autre, 400 mutuelles et assurances privées. En conséquence, nous dépensons rien qu’en frais de gestion 13 milliards d’euros soit le double de la moyenne des pays de l’OCDE. « Il faudrait quand même que l’on dise maintenant qu’est ce qui relève de la solidarité et ce qui relève des choix personnels ? » demande André Grimaldi agacé.

Un lobby pharmaceutique plus fort que la politique en France ?

L’exemple du Lucentis a ainsi fait beaucoup de bruit ces dernières années. Ce médicament sur le marché depuis les années 2000, permettant de soigner les rétines malades et en tête des dépenses de la sécurité sociale, a ces derniers temps écopé d’une réputation de  « cauchemar financier » pour les payeurs (830 euros le flacon) avec, en parallèle à cela, un autre produit équivalent développé par Roche, Avastin, coutant 40 fois moins cher mais sans AMM en France. Le problème du conflit d’intérêt est donc posé : Ces deux laboratoires distincts possèdent le même actionnaire. En effet si l’Avastin remplaçait le Lucentis dans les prescriptions, le gain pour la sécurité sociale en serait de 1 million d’euros par jour. Marisol Touraine s’est ainsi vue refusée par le Conseil d’état Européen la possibilité que l’Avatsin puisse être commercialisé en France alors même que l’Allemagne vient de l’autoriser et que l’Italie a fait condamner ces deux laboratoires pour entente illicite.

Un hôpital géré par la cour des comptes ?

André Grimaldi fait remarquer à très juste titre que ce nouveau projet de loi tombe au moment où la cour des comptes demande des économies de 10 milliard dans le domaine de la santé. « Les gestionnaires et économistes de la cour des comptes gèrent avec une calculette. Ils disent que l’on devrait pouvoir économiser 5 milliards d’euros en augmentant la chirurgie ambulatoire. Or, les directeurs des hôpitaux qui sont eux aussi des gestionnaires ont également fait le calcul car, à chaque fois que l’on crée une activité nouvelle, il faut d’abord investir, créer une unité qui soit dédiée, le but étant de passer moins de temps à l’hôpital quand on se fait opérer ce qui permettrait une économie de 500 millions d’euros. Il y’a tout de même une différence conséquente entre 5 milliards et 500 millions, encore faudrait-il d’abord déterminer qui a tort et qui a raison ! » Interpelle-t-il.

Le vieillissement de la population : un champ de réflexion intéressant

La création de nouvelles unités dans les hôpitaux appelées «Unité de gériatrie aigues post opératoire » serait, selon Grimaldi, une alternative pertinente à explorer : « Lorsque vous avez 90 ans et que vous vous fracturez le col du fémur, vous êtes opéré en service d’orthopédie, puis vous êtes pris en charge par des soins de suite au sein de maison de repos où il y’a généralement des problèmes de dosage des médicaments, vous en subissez les conséquences sur le plan santé et cela dure des mois… Si l’on avait des unités dédiées comme il en existe à la Pitié Salpétrière, géré par du personnel qualifié et spécialisé, avec des gériatres, vous êtes de retour chez vous 8 jours plus tard et ce, sans passer par un service d’orthopédie. » Il ne s’agirait donc pas de diminuer les dépenses dans l’immédiat mais de changer de mode de fonctionnement (et donc d’investir dans un premier temps) pour faire des économies.

Une réforme profonde vouée à l’arrivée d’une crise profonde ?

Dit comme cela, cela a l’air diaboliquement simple. Pourquoi ces recommandations ne sont-elles pas suivies ? La réponse tiendrait en une explication pour le moins inquiétante. Nous le savons, il y’a beaucoup de corporatisme et il n’est jamais facile de changer ses habitudes. Les deux dernières grandes réformes du système de santé français ont eu lieu à des périodes de l’histoire clés : Pendant la Libération (grand compromis entre la médecine libérale et l’Etat, la sécurité sociale et les mutuelles) et en 1958 en pleine Guerre d’Algérie. « On a le sentiment que s’il n’y a pas de crise importante et donc de pouvoir politique fort, il n’y aura pas de vra changement. » s’inquiète le diabétologue.

Sources :

https://fr.news.yahoo.com/sante/

http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/

http://www.ars.iledefrance.sante.fr/