Nouvelle approche dans le traitement du cancer

© Shutterstock
© Shutterstock
Auteur : Gina Kolata (New York Times, 25 Février 2015)
Traduit de l’anglais et modifié par Pascale Mustapha. 04 Mars 2015

 

Erika Hurwitz, 78 ans était atteinte d’un rare type de cancer des globules blancs. Les nombreuses séances de chimio et de radiothérapie qu’elle a subie n’ont pas pu contrecarrer son cancer. Ses médecins lui ont donc proposé une autre option : essayer un traitement destiné à soigner le mélanome. Le résultat est étonnant. En quatre semaines, l’éruption cutanée qui couvrait l’ensemble du corps d’Erika a disparu et son cancer n’était plus détectable.

Cibler les mutations à l’origine du cancer

Erika fait partie d’une nouvelle initiative nationale récemment déployée aux Etats-Unis visant à traiter le cancer en ciblant les mutations qui conduisent à sa croissance. En effet, la plupart des cancers ont pour origine des modifications génétiques conduisant à une prolifération anormale de cellules et leur propagation dans l’ensemble de l’organisme. Aujourd’hui, il existe environ une douzaine de nouveaux médicaments capables de bloquer les mutations génétiques à l’origine du cancer et stopper ainsi la croissance de la tumeur. Cette approche réussie chez plusieurs cas isolés ne peut pas néanmoins être généralisée à tous les patients atteints de la même mutation. Par ailleurs, à partir du printemps prochain, un criblage des tumeurs sera réalisé chez des milliers de patients afin de pouvoir détecter les mutations à l’origine de leur cancer. Les personnes ayant des mutations pouvant être ciblées seront traités immédiatement par ces nouveaux médicaments.

Les études « paniers »

Parallèlement à cela, des études exhaustives pour essayer d’expliquer les résultats de cette méthode sont aujourd’hui en cours au Memorial Sloan Kettering Cancer Center de New York où Mme Hurwitz est prise en charge. Ces études s’appellent des « études paniers » (ou Basket studies). Elles sont considérées aujourd’hui comme révolutionnaires car elles combinent différents types de cancers et ne nécessitent pas de groupe de patients contrôle (recevant en parallèle un traitement standard pour comparer les résultats).

Dans le cas d’Erika, la mutation à l’origine de son cancer touche le gène BRAF. Cette mutation est retrouvée dans environ 50% des mélanomes mais reste très rare dans d’autres types de cancers. Erika fait partie d’une dizaine de patients qui possèdent la même mutation mais différents types de cancers. Tous ces patients seront traités par le même médicament indiqué pour le mélanome.

Les études paniers ne sont devenues possibles que récemment, avec le développement des techniques de séquençage des gènes et la diminution du coût de ce type de procédure. Les médecins peuvent aujourd’hui détecter rapidement plus d’une cinquantaine de mutations dans les tumeurs cancéreuses et grouper ainsi les patients en fonction de la mutation qu’ils ont et les traiter de façon ciblée et adéquate.

L’absence de groupe contrôle peut néanmoins poser quelques problèmes, notamment pour s’assurer que les résultats obtenus ne sont pas le fruit du hasard. De plus, certaines mutations sont tellement rares qu’il est difficile de trouver un nombre de patients suffisants pour effectuer les études.

Les résultats restent par ailleurs très prometteurs. Les chercheurs font aujourd’hui le pari sur les études paniers en espérant faire un énorme pas de plus pour vaincre la maladie du siècle.

 


 

Sources

http://www.nytimes.com/2015/02/26/health/fast-track-attacks-on-cancer-accelerate-hopes.html?src=me