Comment prévenir les pertes financières aux hôpitaux liées à la dispensation des médicaments ?

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En milieu hospitalier, un des objectifs majeurs est de parvenir au meilleur niveau de qualité des soins et d’assurer une sécurité maximale du patient. Pour cela, les professionnels dédiés à l’administration sanitaire doivent agir de manière active à l’optimisation des systèmes d’utilisation des médicaments afin de garantir la sécurité du circuit du médicament.

 
Réduire l’incidence de ces erreurs fait partie des préoccupations actuelles du ministère de la santé en France pour deux raisons :
1. Eviter la survenue d’effets indésirables chez les patients
2. Réduire les coûts qui découlent du mauvais usage du médicament.

A l’hôpital, le pharmacien hospitalier et son équipe sont donc les garants de la bonne dispensation et du bon usage du médicament. Or, le rôle du pharmacien à l’hôpital est parfois peu pris en compte, alors qu’il est primordial, notamment au sein des équipes médicales.

Les erreurs de dispensation et les coûts associés

On peut trouver beaucoup d’informations en ce qui concerne les erreurs de dispensation en milieu hospitalier. Ainsi, une étude conduite dans un hôpital parisien au mois d’octobre 2013 a permis de mettre en évidence le coût engendré par les erreurs de dispensation. L’objectif était de calculer la fréquence des erreurs de dispensation au sein de quatre services, soit 135 lits.
Un système de dispensation journalière individuelle nominatif (DJIN) fut instauré dans les quatre services. Le taux d’erreur obtenu était de 0,8% par dose dispensée. Par ailleurs, des études antérieures ont reflété qu’un important nombre des erreurs identifiées étaient provoquées par une dispensation de médicaments sans présentation unitaire.
En effet, afin de pouvoir être dispensé, un médicament doit posséder l’ensemble des informations légales obligatoires : la DCI et/ou le nom de spécialité, le dosage, le numéro du lot et la date de péremption. Ainsi, le personnel paramédical découpait les blisters et les dispensaient sans l’ensemble des informations complètes. Les conséquences furent lourdes. Dans un premier temps, des risques potentiellement iatrogéniques pour le patient ont été mis en évidence. Par la suite, l’élimination des médicaments due à la perte représenta un coût important pour l’hôpital.
Sur un mois de recueil, pas moins de 300 plaquettes ont été découpées, concernant 69 spécialités différentes, dont le coût était compris entre 0,02 et 11,88 € respectivement par comprimé. Le coût total des comprimés à éliminer s’élevait à plus de 1000 € par mois soit prêt de 13.000 € annuel.

Les professionnels de santé doivent travailler à une optimisation continue du système de dispensation des médicaments. En effet, le pourcentage d’erreurs observées au cours de cette étude est compris dans la moyenne basse rapportée dans la littérature (0,02 % et 2.9 %) et les coûts engendrés par cette mauvaise dispensation pourraient être encore plus élevés.

Mesures d’amélioration : réduire les erreurs de dispensation pour réduire les coûts

• Système de dispensation DJIN : La réduction du risque iatrogénique médicamenteux fut une des principales motivations à l’instauration du système DJIN. Il s’agit d’une méthode de dispensation et de contrôle de la médication (aux services organisés et coordonnés ???) par la pharmacie de l’hôpital. Elle permet d’intégrer le pharmacien dans l’équipe de soins comme « spécialiste du médicament », ce qui peut garantir un suivi pertinent du traitement du patient.
• Sensibilisation du personnel : Il est indispensable d’informer et de rappeler les bonnes pratiques de travail à l’équipe impliqué dans le suivi du patient. Par ailleurs, elle permet de renforcer la prise de conscience du risque d’un mésusage des médicaments et du coût associé. Il s’agit d’organiser des formations et de mettre en place des guides sur la dispensation du médicament afin que les blisters ne soient pas découpés.
• Contrôles réguliers aléatoires : Des chariots de dispensation ont été mis en place afin de servir de sentinelle et de détecter toute dérive dans le futur.
• Dispensation des doses en présentation unitaire : Le découpage des blisters est une pratique courante mais dangereuse et onéreuse qui nécessite une solution immédiate. Il fut suggéré de mettre en place un système de reconditionnement qui transforme des blisters multi-doses en dose unitaire comprenant l’ensemble des informations légales obligatoires. Différentes possibilités ont été étudiées. La proposition la plus complète fut Eco-dex, un robot qui intègre le paquet du circuit du médicament, de la réception des prescriptions jusqu’à l’administration au patient. C’est un système DJIN avec un reconditionnement qui donne une sécurisation et une traçabilité de l’opération. Cependant, un système de sur étiquetage fut choisi où l’opération donne aussi des doses unitaires tracées et sécurisées prêtes à être dispensées. Cette solution flexible n’a pas besoin d’une dépense importante en équipement et est facile à utiliser.

Ces mesures proposées pour la pharmacie de l’hôpital parisien dans le but de créer un système de dispensation optimal, contribue à la prévention et à la réduction des erreurs de médication afin de minimiser le risque iatrogénique pour le patient ainsi que le coût associé. Il est possible, et serait judicieux de transposer ce système au niveau national et ainsi prévenir les pertes économiques avant de réduire les dépenses.


 

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