Ces Français qui vont se faire soigner à l’étranger

Crédit photo : eurodentaire.com
Crédit photo : eurodentaire.com

D’après une étude LH2 réalisée pour le CISS (collectif interassociatif sur la santé), 11% des Français ont déjà pensé à se faire soignés à l’étranger mais 2% seulement ont finalement osé franchir le pas. Bien que le phénomène soit encore marginal, les Français sont chaque année un peu plus nombreux à pratiquer le tourisme médical.

Qu’est-ce que le tourisme médical ?

On parle de tourisme médical lorsqu’une personne se fait soigner dans un pays autre que celui où il réside. On distingue deux phénomènes : les soins programmés à l’avance à l’étranger et les soins d’urgence pratiqués lors d’un voyage. Ces derniers sont les plus courants et représentent le type le plus pris en charge par la Sécurité Sociale. Parmi les prestations remboursées, on dénombre 80% d’hospitalisations et 7% de dialyses.

Les soins programmés concernent eux à 67% des soins dentaires et à 26% de l’ophtalmologie. La principale motivation au tourisme médical est à 66% un enjeu financier et la volonté de réaliser à l’étranger des pratiques trop coûteuses en France. Cependant, d’autres raisons poussent également les Français à se faire soigner ailleurs :

  • 31% pour des questions de délais d’intervention trop longs
  • 10% pour l’inexistence de soins équivalents
  • 10% pour des soins de moins bonne qualité en France

La grande majorité des Français reste pourtant assez frileuse vis-à-vis de ce phénomène : 37% expliquent qu’ils n’en ont pas eu besoin et 31% sont trop attachés au système de santé français. De plus, ils sont 36% à s’inquiéter du suivi post-opératoire et 24% à craindre de grandes difficultés de recours en cas d’accident.

D’autre part, les actes pratiqués à l’étranger ne sont pris en charge par la Sécurité Sociale uniquement s’ils sont sur la liste des actes remboursables en France, dans la limite des tarifs conventionnels et si le délai de l’intervention est jugé trop long dans le pays d’origine. De plus, le remboursement des soins sera plus facile s’ils ont été réalisés dans un Etat membre de l’Union Européenne (+ Islande, Norvège, Liechtenstein et Suisse) et si la personne possède une carte européenne d’assurance maladie. Dans le cas d’éventuelles complications médicales nécessitant une hospitalisation d’urgence lors du retour en France, l’Assurance Maladie prend en charge les soins, même s’ils sont la conséquence d’interventions pratiquées à l’étranger.

Emergence d’un nouveau type d’agences de voyage

Les Français sont de plus en plus nombreux à être tentés par des soins à l’étranger et pour cela, la plupart d’entre eux choisissent de passer par des intermédiaires. C’est ainsi que l’on voit depuis plusieurs années émerger des agences de voyage d’un nouveau genre et qui proposent des séjours complets « plage, soleil et bistouri ».

En France, il est interdit pour des agences de voyage de vendre des actes médicaux car elles ne possèdent pas d’assurance responsabilité civile en cas de complications médicales suite à une intervention. Seule la vente de thermalisme et de thalassothérapie leur est autorisée.

Pourtant, il n’est pas rare de retrouver, surtout sur Internet, des publicités pour ce genre de séjours médicaux mais, dans ce cas, ce sont toutes des agences de voyage étrangères. Il est donc très facile pour un Français de programmer des soins en dehors de l’Hexagone. Des sociétés comme Estetika Tour proposent un package complet comprenant l’intervention, les frais cliniques, l’anesthésie, les nuitées d’hospitalisation, les vols aller-retour et la pension complète, et tout cela à des prix très compétitifs. Comptez 2300€ pour une rhinoplastie en Tunisie, contre 3500€ en moyenne en France. Ces écarts de prix s’expliquent par un personnel moins coûteux, des charges moins élevées et un taux de change €-dinar favorable.

Les pays de destination du tourisme médical

Depuis plusieurs années, le tourisme médical s’est fortement développé à travers le monde. Asie, Amérique du Sud, Europe de l’Est (Hongrie, Pologne, République tchèque, Serbie) et Amérique du Nord, toutes les régions du globe semblent s’être emparées du phénomène. D’ici 2015, le nombre de touristes médicaux dans le monde est estimé à 20 millions.

Certains pays se spécialisent d’ailleurs dans certaines pratiques. Par exemple, les pays d’Amérique du Sud ou la Tunisie sont davantage spécialisés dans la chirurgie esthétique alors que la Turquie, la Hongrie et la Pologne sont quant à eux spécialisés dans les soins dentaires ou l’ophtalmologie.

On remarque que les touristes médicaux privilégient principalement les pays où l’on parle la même langue que la leur. Ainsi, les Français sont davantage attirés par les pays francophones comme en Afrique du Nord. Les transfrontaliers sont également beaucoup plus enclins au tourisme médical, car déjà habitués à franchir les frontières pour recevoir des soins.

Les risques et les dérives potentiels

Le Ministère de la Santé et le Ministère du Tourisme français appellent à la plus grande prudence concernant ce type de pratiques en raison d’une absence de garantie en cas d’échec de l’intervention et d’une absence de suivi post-opératoire.

De plus, le tourisme médical introduit une notion de concurrence sur un marché de la santé qui ne l’est que très peu habituellement. Un patient pourrait alors mettre en concurrence les hôpitaux entre eux. Or, le Syndicat Français de Chirurgie Plastique, Reconstructive et Esthétique sonne la tirette d’alarme : « la Santé ne se brade pas et la Médecine n’est pas un commerce ». Ce serait donc une erreur de considérer les soins de santé tels des produits de consommation comme les autres.

Enfin, l’amplification du tourisme médical présente également un risque pour les pays émergents qui pourraient orienter leur système de soin au profit de ce tourisme et ainsi en exclure leurs propres habitants.

Sarah GERARD

Sources (Janvier 2015) :

AFP

www.leciss.org

sante.lefigaro.fr

www.lepoint.fr

www.estetikatour.com

www.eurodentaire.com

www.topsante.com

www.essentiel-sante-magazine.fr