Façonnez-moi

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C’était la dernière usine de Pfizer en France. En Août 2013, Pfizer annonce le rachat de son site d’Amboise (Indre-et-Loire) par le façonnier français Fareva, qui sera désormais chargé de la sous-traitance de la fabrication de la fameuse « pilule bleue » : le Viagra. Cette cession intervient deux mois après la chute de brevet de ce médicament phare.

 

Le cas n’est pas isolé : les vitamines Berocca et Supradyn , les pastilles pour les maux d’estomac Rennie, les pastilles pour la gorge Lysopaïne, le générique du Tahor sont autant de médicaments appartenant à différentes industries pharmaceutiques mais fabriquées par un même façonnier : le français Delpharm.

 

Celui ci s’apprête d’ailleurs à acquérir sa dixième usine auprès du géant Sanofi qui souhaite céder son site de Quetigny (Côte-d’Or) pour pallier la perte de brevet de certains de ses blockbusters, à l’instar de Plavix ou de Stilnox.

 

L’acquisition de cette usine de 350 salariés sera l’une des plus grosses de l’histoire de Delpharm auprès duquel Sanofi s’engage à passer commandes durant au moins sept ans.

 

En effet, à l’heure où l’industrie pharmaceutique, encline à la perte de brevet de ses principales molécules, voit leurs ventes tomber en chute libre, les big pharmas comptent de plus en plus sur les façonniers pour booster leurs ventes et ainsi éviter la fermeture de leurs sites de production.

 

Bien que les syndicats voient cette dynamique d’un mauvais œil ; selon Patrick Biecheler, associé chez Roland Berger : « Le façonnage n’est pas la première étape de la délocalisation. Au contraire : le développement de la sous-traitance a permis de sauver des sites souvent condamnés ».

 

En quelques années, les façonniers ont su s’imposer en répondant aux besoins de l’industrie pharmaceutique bouleversée par de profonds changements : « Il y a trente ans, les grands labos faisaient tout. Aujourd’hui, ils préfèrent se concentrer sur le marketing et externaliser la production des médicaments les plus anciens » analyse dans un entretien au Monde Sébastien Aguettant, le patron de Delpharm.

 

Quasiment inexistants il y a vingt ans, les façonniers français réalisent aujourd’hui 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires et possèdent 75 des 224 usines pharmaceutiques du territoire français.

 

Ce constat devrait s’amplifier lorsque l’on sait que 25% de la production pharmaceutique est sous-traitée en Europe, alors qu’elle atteint déjà 40% aux Etats-Unis. « Rien qu’en France, une dizaine de sites supplémentaires pourraient être externalisés » estime M.Biecheler.

 

En produisant sur des mêmes lignes des médicaments concurrents, les façonniers ont fait de l’optimisation une solution à la délocalisation, ce qui permet de maintenir en Europe des sites de production parfois condamnés et de créer de l’emploi. « Nous avons en France, de très belles usines, avec une excellente productivité et à quelques centimes près nous sommes compétitifs avec l’Europe de l’Est et l’Asie » scande M. Aguettant.

 

Alors que 80% des principes actifs pharmaceutiques sont depuis longtemps fabriqués en dehors de l’Europe, la sous-traitance par des façonniers semble représenter une bonne alternative à la délocalisation de la production des médicaments et permettrait même la promotion d’un label « made in Europe ».

 

 

Sources :

 

Article « Pharmacie : l’adieu aux usines » paru dans le monde Week-End du dimanche 4 – Lundi 5 janvier 2015