Stoptober / Quit Kit : l’arrêt du tabac version british

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Selon l’OMS, le tabac, qui a fait 100 millions de morts au XXe siècle, pourrait en faire 1 milliard au XXIe siècle. On peut donc considérer le tabagisme comme une pandémie qui a la particularité d’être évitable.

La stratégie anglaise

Nos voisins se sont attaqués massivement et durablement à cette priorité de santé publique. Leurs efforts ont porté leurs fruits, puisque les chiffres publiés par le BJM (British Medical Journal) du 11 février 2014 affichent une prévalence à 19,3 %. Ces chiffres sont d’autant plus impressionnants que les nôtres ne sont pas aussi flatteurs. En effet, de notre côté de la Manche, la tendance est plutôt autour de 30%.

Les sujets de sa Majesté bénéficient d’une politique antitabac efficace. Elle est le fruit d’une collaboration étroite entre universités et autorités sanitaires. Le volet académique est incarné par un centre collaboratif nommé UK Center of tobacco control studies qui regroupe un grand nombre d’universités. La France a besoin à la fois d’accroître sa capacité de recherche dans le domaine de la lutte contre le tabagisme, ce qui devrait être fait en 2015 par un appel à projets sous l’égide de l’INCA, mais également aussi de renforcer la fluidité des échanges entre chercheurs et autorités sanitaires.

Deux projets sont particulièrement remarquables en raison de leur pédagogie, leur simplicité et leur efficacité : le Quit Kit et Stoptober.

En quoi consiste le Quit Kit ? Que contient-il ?

Le Quit Kit est un coffret qu’il a été possible de commander gratuitement par internet. Il se présente sous la forme d’une boite cartonnée qui contient des outils et des conseils pratiques développés par des experts, des fumeurs et des ex-fumeurs. 480 000 Quit Kit 1 ont été expédiés. Une seconde vague a eu lieu : le Quit Kit 2. Il contient, en plus du Quit Kit 1, un bon permettant de recevoir des substituts nicotiniques.

Le Quit Kit contient les éléments suivants :

  • Des outils pour se préparer : à l’intérieur de la boite se trouve un petit test à faire soi-même, permettant d’estimer sa dépendance à la nicotine dans le but de mieux planifier son arrêt.
  • Une aide pour maintenir la motivation : les premières semaines sans fumer sont les plus difficiles. Il est donc nécessaire d’aider la personne durant cette période particulièrement critique et de lui montrer pourquoi elle ne doit pas céder.
  • Une volonté de durer : le Quit Kit aide à suivre les progrès étape par étape grâce à un calendrier qui explique les bénéfices des 28 premiers jours après l’arrêt du tabac. Des jeux sont inclus pour apporter un côté distrayant en cette période particulièrement anxiogène.
  • Se changer les idées : la balle antistress permet de garder les mains et l’esprit occupés. Dans l’arrêt le tabac son rôle est également d’évacuer la tension musculaire causée par le stress.

Quelques résultats

 

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En quoi consiste Stoptober ?

En octobre 2012, a été mise en place en Angleterre, pour la première fois, une action originale : le Stoptober. Le concept est le suivant : tous les fumeurs anglais ont l’opportunité d’arrêter de fumer en même temps et de prendre le pari de rester 28 jours sans fumer. Cet objectif a deux avantages pour les patients : une date clé pour l’arrêt et un laps de temps sans cigarette assez long pour réduire le risque de rechutes. Une étude a été menée par le docteur Robert West et son équipe pour évaluer la campagne d’octobre 2012 : How effective and cost-effective was the national mass media smoking cessation campaign « Stoptober » ? Leurs résultats sont positifs puisque qu’ils ont observé une augmentation de 50% des tentatives d’arrêt en octobre 2012 comparativement aux mois d’octobre de la période 2007-2011. Ce succès a permis au gouvernement anglais de reconduire l’événement les années suivantes. Le chiffre important à retenir est le suivant : elle a permis de sauver 10 400 années de vie en bonne santé avec un coût inférieur à £ 415 par année.

 

Conclusion

Les services de santé anglais mènent des actions de manière suffisamment soutenue et régulière pour être efficaces. Est-il possible de faire de même en France, alors que les budgets alloués à la santé sont de plus en plus contrôlés ? La réponse à cette question dépend avant tout d’un choix en termes de politique de santé publique. Toutefois, il n’est pas exclu que certaines bonnes idées traversent un jour la Manche et viennent profiter à la population française.

 

Article écrit par Kelly CORNEC,

avec la participation du Dr. Pierre ARWIDSON,  directeur des affaires scientifiques, INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé)

 

Sources