L’embryon 3D : un nouvel outil pour l’amélioration du taux de réussite de la FIV ?

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En France, les procédés de fécondation in vitro concernent de plus en plus de couples mais ne fonctionnent qu’une fois sur trois. Aussi, en 2014, une équipe de chercheurs du CHU de Montpellier (France) est parvenue à reproduire de façon très précise, via une imprimante 3D, un embryon humain. Ce modèle manipulable permet aux chercheurs d’évaluer plus aisément les meilleurs embryons candidats à la FIV et ainsi tenter d’augmenter les chances de réussite de leur implantation.

Un véritable problème de société

À l’heure actuelle, de plus en plus de couples rencontrent des difficultés à concevoir un enfant. Ainsi, chaque année, plus d’un couple sur sept consulte un spécialiste et un sur 10 suit un traitement contre l’infertilité. En effet, celle-ci concernerait 80 millions de personnes dans le monde, représentant une véritable angoisse pour de nombreux couples. L’âge de plus en plus tardif de la première grossesse – environ 30 ans en France – constitue la principale cause de ces difficultés à concevoir.

Des solutions potentielles existent

Afin de pallier à ces difficultés, de nombreux de couples se tournent vers l’assistance médicale à la procréation (AMP). Cette dernière regroupe l’insémination artificielle et les différents types de fécondation in vitro (FIV) sous contrôle, en France, de l’agence de la Biomédecine. Selon cette organisation publique, 23 800 bébés – soit environ 3 % des bébés – sont nés en 2012 grâce à l’AMP.

Dans le cadre de cet article nous nous intéresserons tout particulièrement à la FIV. Ce procédé de procréation médicalement assistée consiste à reproduire en laboratoire – in vitro – ce qui se passe naturellement in vivo dans les trompes de la femme. En fois la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde réalisée au sein d’une éprouvette, un ou plusieurs embryons sont réimplantés dans l’utérus de la femme. Le premier « bébé éprouvette » a ainsi vu le jour en 1978, avant d’être suivi par plus de 5 millions d’autres à travers le monde. Selon la European society of human reproduction and embryology (ESHRE), environ 350 000 bébés – sur les 1,5 millions de FIV pratiquées – sont désormais conçus chaque année par FIV soit 0,3 % des 130 millions d’enfants qui naissent dans le monde.

Les techniques de sélection des embryons candidats à la FIV

Actuellement, deux points viennent noircir le tableau des procédés de procréation médicalement assistée. Tout d’abord, le taux de réussite de la FIV est faible car compris entre 1 sur 5 et 1 sur 3 en France. De plus, de nombreux spécialistes s’accordent pour affirmer que ce taux est un des plus faibles parmi les pays européens. Ensuite, bien que cela constitue l’unique moyen de concevoir un enfant pour certains couples, l’AMP présente un léger sur-risque de prématurité et de mortalité néonatale ainsi qu’une augmentation significative des malformations congénitales. Il a néanmoins été prouvé que les développements staturo pondéral et psychomoteur des enfants nés au cours d’une AMP sont identiques à ceux des enfants conçus naturellement.

En vue d’améliorer le taux de réussite de la FIV, différentes techniques de sélection se développent afin de choisir le ou les embryons présentant le plus de chance de s’implanter dans l’utérus de la femme.

La méthode la plus appliquée ces 25 dernières années est l’analyse microscopique. Dans ce cas, l’observation et le choix de l’embryon se font juste avant son transfert sans aucune d’information sur ce qui se déroulait avant. Ce type d’analyse nécessite de sortir les embryons de l’incubateur et donc de les exposer à un changement de température et à la lumière. Ce changement d’environnement pourrait avoir un effet néfaste sur les embryons et expliquer en partie ce faible taux d’implantation.

Des techniques plus récentes voient progressivement le jour comme par exemple celle du « Time Lapse ». Dans ce cas, un ensemble de caméras miniaturisées placées dans les étuves de cultures filme la division et le développement des embryons en temps réel. Cette technique, comme expliquée par le Dr Jean-François Griveau, permet d’évaluer les paramètres morpho-cinétiques influant sur l’implantation de l’embryon dans l’utérus. Dans ce cas-là, la multitude de photographies prises au cours de l’incubation pourrait avoir un effet négatif sur l’embryon et là encore expliquer le faible taux de réussite.

Une nouvelle méthode d’observation vient d’être mise en place : l’impression 3D des embryons. Dans ce cas-là, différentes images de l’embryon sont prises juste avant l’implantation permettant l’obtention d’une image 3D de celui-ci. Les chercheurs du CHU de Montpellier – le professeur Samir Hamamah, chef de service du département de Biologie de la Reproduction et diagnostic préimplantatoire, la docteure Élodie Scalici, assistante hospitalo-universitaire et le docteur Samuel Mérigeaud de la société Tridilogy – pensent que cette méthode permettrait de rendre visibles les anomalies morphologiques autrement invisibles qui seraient fortement impliquées dans la non implantation de l’embryon.

Néanmoins le professeur Hamamah explique qu’il est nécessaire de coupler les différentes techniques afin d’optimiser cette phase de la FIV et donc de ne transférer que les embryons ayant le meilleur développement pour augmenter les taux de réussite.

Le fait d’utiliser les techniques existantes et de faire en même temps de la recherche dans le but d’améliorer ces taux de réussite relance le débat sur les potentiels problèmes bioéthiques.

Remise en question éthique, juridique et religieuse

Depuis sa mise en place, la FIV, tout comme l’AMP de façon générale, est confrontée à de nombreuses critiques. De nombreux problèmes sont inlassablement soulevés sur les plans bioéthiques, juridiques et religieux. Ainsi, certains considèrent, par exemple, que manipuler la vie dès son commencement inciterait l’eugénisme. De plus, comme nous l’avons noté précédemment, la FIV présente de nombreux risques – prématurité, anomalies génétiques – pour l’enfant. Certaines associations rapprochent ainsi ce procédé à celui de l’avortement du fait de la réduction de l’être vivant à un embryon sans vie et sans conscience. De nombreuses autres questions se posent comme par exemple: Que faire des embryons non réimplantés ? Comment empêcher l’émergence d’un trafic d’embryons ? Faut-il tester les embryons à réimplanter dans le cas de familles présentant une maladie héréditaire ou dans le but de créer des embryons thérapeutiques ? Pourquoi ne pas se tourner vers l’adoption plutôt que de vouloir à tout prix une descendance issue de son propre sang ?

Ainsi, bien que l’AMP soit un véritable espoir pour de nombreux couples, ses détracteurs et ses faibles taux de réussite en font, dans bien des cas, un rêve inaccessible. La mise en place de diverses méthodes de sélection des embryons avant l’implantation – phase la plus risquée – représente une voix d’amélioration sur laquelle de nombreux chercheurs continuent de se pencher.

Sources :
Figaro
Agence de la Biomédecine – AMP
Inserm
BAMP !
Europe1
www.futura-sciences.com

http://sante-medecine.commentcamarche.net/