Vitamfero : la biotechnologie vétérinaire

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Entretien avec Pascal Breton, PDG de Vitamfero

 

Vitamfero, entreprise Française de biotechnologie vétérinaire, spécialisée dans le développement de traitement prophylactiques antiparasitaires, vient de boucler une nouvelle augmentation de capital pour un montant de 2,7 millions d’euros auprès de GO CAPITAL, Pradeyrol Développement et de Business Angels.

Interview avec Pascal Breton, PDG de Vitamfero.

 

Pourquoi avoir misé sur le secteur de la santé vétérinaire ?

C’est le résultat d’échanges, de rencontres, notamment avec Daniel Bout, qui travaillait à l’INRA sur des problématiques de vaccinations et qui avait la volonté de valoriser, au niveau industriel, le fruit de ses recherches.

Ce qui était intéressant c’est que la technologie pouvait se développer à d’autres marchés, pourquoi pas à la santé humaine ?

Un homme n’est pas capable de porter un projet seul : quand les bonnes personnes sont réunies au bon endroit et au bon moment, il faut y aller.

 

En quoi consistent les traitements que Vitamfero développe ?

Il s’agit de vaccins préparés à base de parasites vivants atténués, c’est à dire capables de multiplication mais incapables d’induire des signes cliniques.

Pour la plus-part de ces vaccins, l’origine de l’atténuation est inconnue et des retours à la virulence sont possibles.

L’innovation que l’on apporte c’est d’enlever certains gènes de la virulence, les parasites sont donc parfaitement caractérisés du point de vue moléculaire et ne retrouverons jamais leur virulence : c’est ce qui fait qu’un tel vaccin pourrait être développé chez l’homme.

 

Dans un tel domaine, vous devez vous armer de collaborations multiples. En quoi consistent-elles et comment arrivez-vous à gérer les brevets qui en découlent ?

Je collabore depuis 2009 avec l’INRA et l’Université François-Rabelais de Tours. L’intérêt est d’aller y chercher les expertises dont on ne dispose pas en interne. Nous sommes une petite entreprise, tout juste financée : nous préférons aller chercher des gens extrêmement pointus auprès de l’INRA, plutôt que de recruter, même si nous devons partager la propriété intellectuelle par la suite. Il s’avère que ce point est relativement simple à gérer : le monde académique n’a pas vocation à exploiter commercialement les produits que l’on développe, nous nous partageons donc la propriété en pourcentage et sur cette base, les revenus seront divisés.

Nous avons également un accord de licence avec Cellectis qui nous fournit des meganucléases pour manipuler le génome de nos parasites : ils ne sont pas impliqués dans nos projets de recherche, il nous mette juste a disposition leur produit et nous leur versons des fees.

 

Au mois de septembre 2014, vous avez clôturé avec succès une troisième levée de fonds. Comment Vitamfero a-t-il convaincu les investisseurs ?

Culturellement, nous, Européens, avons une aversion au risque : lever de l’argent pour une biotech’ c’est long et périlleux. C’est encore plus difficile quand on s’adresse à la santé vétérinaire…

Nous avons essayé d’adopter un positionnement assez avant-gardiste en disant que ce que l’on proposait c’était la préclinique de vaccins en santé humaine. J’ai trouvé qu’il s’agissait d’une démarche qui diminuait le risque, mais les gens ont eu du mal à se projeter dans l’avenir : nous avons fait 200 à 210 essais auprès d’investisseurs en France et aux Etats Unis, mais seulement 2 ont été au bout.

Il faut être persévérant : c’est un marathon !

 

Quelles sont les prochaines étapes pour Vitamfero ?

Le but est de développer nos produits au maximum puis transférer les droits à une entreprise du top 10 de la santé vétérinaire qui va achever leur développement, les enregistrer et les commercialiser.

Nous allons bénéficier des droits à l’entrée, puis Vitamfero recevra un pourcentage sur les ventes.

Nous espérons voir notre premier produit lancé en Nouvelle-Zélande en 2017 pour la toxoplasmose bovine.

 

Que retenez-vous de cette expérience?

La collaboration avec Daniel Bout, qui voulait sortir quelque chose qui servirait à la communauté, montre que le monde académique n’est plus un monde parallèle en autarcie : il prend conscience qu’il a des responsabilités medico-économiques. Vu l’argent investi dans le publique : il faut qu’une valorisation s’opère vers le secteur privé, il faut un retour sur investissement.

Ce qui est important dans ce partenariat, c’est tout l’aspect conceptuel : comment faire sortir l’innovation des académies ? Vitamfero est un exemple d’un transfert de technologie réussi du secteur académique vers le secteur industriel.