Les biosimilaires sont-ils fiables ?

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Un biosimilaire est un médicament similaire à un médicament biologique de référence autorisé et dont le brevet est tombé dans le domaine public (Ex : vaccins, hormones, médicaments dérivés du sang etc…). Leur production est complexe et peut entrainer une variabilité biologique et un impact sur ses propriétés cliniques. Ils sont susceptibles de provoquer des réactions immunologiques indésirables dues à leur nature, suscitant la méfiance des patients: les biosimilaires sont une nouvelle catégorie de médicaments qui soulève des questions inédites. Comment être sûrs que ces modifications biologiques n’impactent pas l’innocuité des biosimilaires et quels sont les moyens mis en place pour s’assurer de leur fiabilité ?

 

Les biosimilaires favorisent l’accès aux biothérapies au meilleur coût pour la collectivité puisqu’ils sont vendus en moyenne 20 à 34% moins cher que leur médicament de référence. Actuellement 14 biosimilaires sont commercialisés en Europe pour 4 substances actives: Epoiétine, Filgrastim, Somatropine et Infliximab. Ils doivent avoir des propriétés physico-chimiques et biologiques similaires à leur médicament de référence. D’ici 2020, 10 molécules biologiques tomberont dans le domaine public, dont certains blockbusters, qui représentent 10% du marché des biothérapies. L’EMA a récemment autorisé Eli Lilly à commercialiser un biosimilaire de l’insuline Lantus® (Sanofi) à l’expiration de son brevet en 2015. La production des biosimilaires se fait selon les mêmes normes que sa référence et leur AMM est délivrée par l’EMA sur la base de résultats thérapeutiques concrets. A la différence des génériques avec lesquels ils sont encore trop souvent confondus, les biosimilaires doivent prouver leur efficacité thérapeutique et pas seulement leur bioéquivalence au produit de référence.

 

Malgré un profil de sécurité et d’efficacité similaire à leur produit de référence, les biosimilaires sont peu utilisés en Europe où ils suscitent l’inquiétude des patients. Leur fabrication s’effectue avec des cellules différentes de celles utilisées par le fabricant du produit de référence, ce qui explique leur variabilité biologique.  Il est donc difficile d’estimer les variabilités cliniques entre les 2 produits. Les biosimilaires présentent la même indication principale que leur référence. Des études comparatives peuvent être demandées par l’EMA afin d’extrapoler les indications secondaires de la molécule de référence. Ces molécules ne sont pas identiques ; le principe de substitution en pharmacie ne s’applique donc pas. Ainsi le taux de pénétration du marché est entièrement dépendant des prescripteurs. Ces nouvelles molécules sont pour le moment peu prescrites en France et ne génèrent pas encore d’économies conséquentes pour la sécurité sociale. Et pour cause, les hôpitaux « boudent »  les biosimilaires, pourtant moins chers, en raison des accords qui les lient aux laboratoires pharmaceutiques (négociation jusqu’à 75%  de réduction sur le prix des médicaments). La principale méfiance provient du « switch » molécule de référence/biosimilaire qui rend difficile le suivi des effets indésirables.

 

Malgré l’hétérogénéité des législations entre les pays, des moyens sont mis en œuvre afin d’assurer la fiabilité des médicaments biosimilaires. Des guides sur les conditions nécessaires à leur élaboration sont proposés par l’EMA. De nombreux contrôles ont lieu lors de la fabrication des produits. Un suivi est obligatoirement instauré par le fabricant grâce à un dispositif de surveillance des effets indésirables. Des études cliniques sont aussi mises en place pour prouver leur équivalence thérapeutique. Les Epoiétines biosimilaires devront être testées dans au moins 2 études cliniques randomisées en double-aveugle avec un produit de référence. Des études ont même été réalisées sur le « switch » dans un hôpital en Suède sur une population pédiatrique recevant une hormone de croissance : sur 130 patients, 15 ont eu un effet indésirable mineur suite au « switch ». Enfin, afin d’assurer la traçabilité des biosimilaires et faciliter la délivrance, les prescriptions doivent être effectuées par nom de spécialité et non en DCI.

 

Malgré la méfiance générale envers les biosimilaires, les autorités européennes ont mis en place des moyens efficaces pour assurer leur fiabilité. Toutefois, la promotion des biosimilaires ne doit pas être une fin en soi : le bon usage des médicaments et la sécurité du patient doivent primer avant tout.

 

Abréviations :

EMA : Agence Européenne du Médicament

AMM : Autorisation de mise sur le marché

DCI : Dénomination commune internationale

 

Sources :