Cellectis : Un bruit médiatique retentissant outre-atlantique nommé CAR-T

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Cellectis flambe en Bourse au matin du vendredi 9 janvier (+14,7% à 21,9 euros vers 9h20) après que la société de biotechnologie ait annoncé la perspective d’une introduction en bourse aux États-Unis. « La date, le nombre d’actions et le prix de l’offre qui serait réalisée à cette occasion n’ont pas encore été déterminés », a précisé le spécialiste de l’ingénierie des génomes.
Encourageante et positive, la réaction des investisseurs s’explique par le décalage qui existe entre les valorisations des biotechnologies aux Etats-Unis et en Europe.Depuis un peu plus d’un an, les investisseurs américains sont en effet entrés massivement au capital de nombreuses sociétés du secteur de la biotech cotées à Paris, à l’image d’Innate Pharma, Erytech, Genfit, DBV Technologies, et même d’ailleurs de Cellectis (avec l’entrée de fonds US à son capital en mars 2014). En sens inverse, DBV Technologies est depuis peu cotée au Nasdaq, Cellectis y réfléchit donc sérieusement, tandis que Genfit et Adocia ont pour l’instant simplement évoqué cette possibilité qui dépendra de leur développement et de leur stratégie.
 

Le rêve Américain en passe de devenir réalité pour la biotech française

Cellectis, start-up française spécialisée dans l’édition du génome, a annoncé jeudi 8 janvier sa future introduction à la Bourse de New York. Elle avait, début de l’été dernier, fait son entrée en fanfare sur la scène outre-atlantique en signant un deal historique avec le leader mondial de la pharmacie Pfizer, qui détient aujourd’hui 10% de son capital.

Leur singularité : Un savoir-faire hors pair dans la capacitation des lymphocytes T, cellules clés du système immunitaire. Avec ses « ciseaux d’ADN », la start-up arme ces lymphocytes (baptisés CAR-T) de protéines spécifiques (radars) afin de les acheminer vers une cible précise. Ce concept cellulaire est actuellement reconnu comme l’un des plus prometteurs dans la lutte contre les cancers qui échappent au contrôle du système immunitaire. De plus, Cellectis demeure l’une des seules sociétés au monde à en maîtriser l’ingénierie.

Le géant américain Pfizer envisage ainsi de les tester sur 15 cancers et a déjà versé 80 millions de dollars à Cellectis, auxquels s’ajouteront des royalties allant jusqu’à 185 millions de dollars par médicament. Un magnifique retournement de situation pour André Choulika cofondateur et dirigeant de Cellectis, qui a frôlé le naufrage financier il y a un an. Retour sur cette histoire aux airs de scenario hollywoodien.

Généticiens et créateurs d’innovation

L’aventure commence au milieu des années 1990 sur les bancs (ou plutôt les paillasses) de l’Institut Pasteur, où André Choulika invente les premiers « ciseaux à ADN » (endonucléases spécifiques). Ces outils moléculaires, appelés méganucléases dans le jargon du milieu de la génétique, permettent de « personnaliser » des cellules en modifiant leurs séquences génétiques sur des segments bien précis. Le scientifique est alors convaincu d’avoir mis au point une trouvaille majeure et prometteuse.

Fin des années 90, période où le mot « biotech » ne fait pas encore partie des expressions très tendance, il fonde Cellectis, avec un autre chercheur de l’Institut Pasteur, David Sourdive. Considérés comme des ovnis par leurs semblables, ces généticiens pionniers sont les premiers à lancer 10 ans plus tard des « trousses à outils » qui mettent cette technologie à disposition des chercheurs. L’édition du génome se propage, se généralise, et se voit utilisée dans les laboratoires du monde entier. En effet, les « ciseaux à ADN » permettent de modifier des cellules humaines pour tester l’efficacité de nouvelles molécules mais peuvent également être utilisés pour créer de nouvelles variétés de plantes. En 2009, le géant américain Monsanto, qui cherche à mettre au point de nouveaux OGM, convient d’un accord avec Cellectis.

A mesure que progresse l’exploration du génome, les possibilités de la start-up s’élargissent. Celui de l’homme est entièrement séquencé en 2003 pour environ 3 milliards de dollars mais 10 ans plus tard, 1 000 dollars suffisent, donnant naissance  à la création de bases de données génétiques. Cellectis, surfant sur cette nouvelle vague, lance en 2011 une nouvelle gamme de nucléases, les Talen, au prix avantageux de 5 000 dollars la paire. La société se lance à la conquête du marché et élargie ses équipes commerciales (la société compte alors 240 personnes).

Mais voilà, en juin 2012, des chercheurs publient dans la presse spécialisée un article démontrant l’efficacité d’une autre technologie, les Crispr (paru dans Science). En moins d’un an, ces nouveaux petits « ciseaux » à bon prix engloutissent le marché. Très vite, la biotech voit son chiffre d’affaire et ses espoirs de rentabilité s’effondrer. A son grand regret, André Choulika doit torpiller une partie du navire pour rester à flot : La société passe à 90 salariés. Le processus de fabrication des endonucléases fait l’objet d’une cession mais heureusement, la société garde ses précieux brevets.

« Nous étions à bord d’un avion en train de se crasher », se souvient André Choulika. Une période on ne peut plus critique pour Cellectis puisqu’à à peine plus de 2 euros, l’action touche le fond et la société bientôt à cours de cash, avec tout juste 7 millions d’euros en banque fin 2013. « Comme souvent dans le secteur des biotechs, ce que nous avions prévu ne s’est pas réalisé », témoigne Maïlys Ferrère, directrice d’investissement chez Bpifrance, leader du capital investissement en France et premier actionnaire de Cellectis.

Un retentissement tonitruant pour les investisseurs US

Contre vents et marrées, l’entrepreneur n’a pas dit son dernier mot. En janvier 2014, il part pour San Francisco, où se tient chaque année la fameuse JP Morgan Healthcare Conference, sorte de « Festival de Cannes » de la biotech mondial. Dans son porte document se trouvent plusieurs publications scientifiques portant sur une technologie de rupture : les CAR-T. Ces lymphocytes génétiquement modifiés font le buzz aux Etats-Unis depuis que Carl June, chercheur à l’université de Pennsylvanie, les a utilisés avec succès sur un patient leucémique : André Choulika tombe à pic.
Dès mars 2014, il est reconnu et par les investisseurs américains qui approuvent sa légitimité. Les grands noms du milieu, comme Orbimed (société de gestion figurant parmi les leaders mondiaux du Private Equity), se l’arrachent (augmentation de capital de 20 millions d’euros.) « Nous n’avons même pas eu besoin de faire appel à une banque pour ce placement », assure André Choulika. L’opération est déjà une bonne affaire pour les fonds de venture capital qui lui ont fait confiance : achetée 5 euros, l’action en vaut presque 20.

Sources :

http://www.boursorama.com/forum-cellectis-1rEPALCLS-1

http://www.cellectis.com/fr

http://bourse.lesechos.fr/bourse/synthese-cotation-action-cellectis-bourse-paris,XPAR,ALCLS,FR0010425595,ISIN.html

http://www.boursier.com/actions/cours/cellectis-FR0010425595,FR.html

http://www.orbimed.com/

http://labiotech.fr/?s=cellectis