Quels sont les freins à la recherche hospitalière en France ?

Selon reseau-chu.org, la France se place en 4ème position en ce qui concerne la recherche clinique au niveau international, après les USA, le Japon et le Royaume-Uni. Cette place de choix est cependant mise en danger depuis quelques années, due notamment à des problèmes de fonctionnement au sein des Centres Hospitaliers Universitaires (CHUs) ainsi qu’à des restructurations au niveau organisationnels et budgétaires.

 

Un professeur d’oncologie, chef d’une Unité de Recherche Clinique au sein d’un département d’oncologie de l’APHP nous livre les problèmes auxquels sont confrontés les chercheurs dédiés à la recherche clinique en milieu hospitalier.

Les Financements

Les directeurs d’Unité de Recherche Clinique ont la possibilité de soumettre leur projet au Programme Hospitalier de Recherche Clinique (PHRC) afin de recevoir des financements utilisables pour leur recherche.  Chaque année, une vingtaine de projets sont acceptés et les fonds alloués varient entre 300 000€ et 500 000€ pour chaque projet. Les fonds sont perçus par un organisme tiers, la Délégation à la Recherche Clinique et à l’Innovation (D.R.C.I) chargés de les redistribuer aux cliniciens. Cependant, les fonds sont distribués avec des retards allant de deux à trois ans et bien souvent, seuls 15 à 20% des sommes allouées par la PHRC aux projets sont perçus par les cliniciens. Ces derniers se trouvent alors fortement amputés au niveau de leurs ressources et doivent se tourner vers d’autres financements engendrant une perte de temps et d’argent pour le contribuable et la recherche clinique en général.

La Règlementation

La Loi n° 2011-2012 du 29 décembre 2011 relative au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé censée apporter de la transparence et des règles déontologiques entre les industries pharmaceutiques et les praticiens, a engendré de lourdes conséquences pour la recherche en CHUs. En effet, avant cette loi, les cliniciens avaient la possibilité de financer des Attachés de Recherches Cliniques (ARC) au travers d’associations loi 1901. Ils pouvaient alors recevoir des financements émanant des industriels afin d’embaucher du personnel pour leur recherche en les payant par chèque emplois. La Loi n° 2011-2012 du 29 décembre 2011 empêche dorénavant le versement d’argent par les industriels à des associations Loi 1901 tenues par des médecins.
La fin de cette pratique va entrainer une diminution de la recherche, les médecins ne pouvant plus facturer de personnels pour leur recherche en dehors des CHUs.

L’organisation

La récente mutation organisationnelle au sein des CHUs a engendré des pertes de financements pour les cliniciens. Ainsi, l’APHP a supprimé le fléchage des lignes de compte empêchant les cliniciens de récupérer la totalité des fonds alloués par les industriels lors d’une collaboration de recherche clinique. Ces pertes importantes participent encore à une diminution des moyens dont disposent les chercheurs en milieu hospitaliers et viennent mettre à mal l’avancement de leur recherche.

La recherche en CHU est mise à mal. Il est important de réfléchir aux moyens par lesquels il serait possible d’améliorer les conditions de travails des chercheurs en CHUs. La France possède de nombreux atouts, notamment au niveau de ses formations et il est impératif de tout mettre en œuvre pour garder notre compétitivité et attractivité face à un environnement international de plus en plus compétitif.

 


 

Sources :

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000025053440&categorieLien=id

http://www.reseau-chu.org/les-articles/article/article/la-place-de-la-france-dans-la-recherche-clinique-industrielle-internationale/